Fillon vu par les psys

 

Par SOAZIG QUÉMÉNER

En novembre, sa victoire à la primaire sacrait un honnête homme, conservateur et catholique convaincu. Le penelopegate et ses réactions ont totalement brouillé l’image lisse de l’ancien Premier ministre. Mais qui est donc le vrai “Mister Nobody” ?

 

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« Au fond, personne ne sait qui est François Fillon », glissait Nathalie Kosciusko-Morizet en aparté à la fin février. Aujourd’hui, le mystère s’épaissit encore. Le penelopegate a révélé un personnage bien plus complexe et noir que le député de Paris ne voulait bien le montrer. L’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme et deux de ses enfants a d’abord mis au jour un élu bien plus soucieux de son train de vie que son jansénisme affiché ne le suggérait. Puis cet ancien Premier ministre au verbe d’ordinaire si rigoureux s’est mis à déraper. Jusque-là républicain scrupuleux, voilà qu’il empruntait à la veine populiste en s’en prenant aux juges et aux médias. Pis, il reniait sa parole publique et assurait qu’il ne retirerait plus sa candidature s’il était mis en examen. Au passage, il affirmait sans nuance que nous étions en « quasi-guerre civile », et prétendait même que des forces indéfinies œuvraient à son « assassinat politique ».

Dans le même temps, en coulisses, lui si souvent décrit comme couard et attentiste, réussissait une manœuvre politicienne d’anthologie. En un dimanche, il matait la rébellion de son camp en faisant mine de lâcher prise pour inciter ses adversaires à se découvrir histoire de mieux leur tordre le bras. Jusqu’à obtenir dans les jours qui suivaient une victoire inimaginable deux jours auparavant : la reddition d’Alain Juppé doublée d’un soutien public unanime des barons Les Républicains au premier rang desquels les sarkozistes.

Comme galvanisé par son audace, François Fillon, le mardi 7 mars, est allé à Orléans jusqu’à s’identifier à Jeanne d’Arc qui clamait à ses juges : « Passez outre, je vous prie ! » Exactement ce qu’il demande à ses électeurs, à quelques jours d’une très probable mise en examen. François Fillon ne recule désormais devant rien, au point que même à l’étranger on se perd en conjectures face au comportement de celui qui est devenu le cauchemar de la droite française. La Süddeutsche Zeitung, l’un des trois plus grands quotidiens allemands, le voit d’ailleurs comme « un destructeur dont le narcissisme ne tolère aucun doute sur ses actes ».

Si certains ont pu un temps croire à l’émergence d’un nouveau Fillon, marqué par l’épreuve, il semble plus probable que l’affaire l’ait contraint à découvrir sa vraie nature, dissimulée, sombre et revancharde.

PAS UN “BON CLIENT”

Une relecture du parcours de l’ancien Premier ministre incite d’ailleurs à privilégier cette seconde hypothèse. Car qui connaissait réellement François Fillon ? Elu député en 1981, ministre sous Jacques Chirac, Premier ministre durant tout le quinquennat de l’omniprésident Sarkozy, le Sarthois avait jusqu’ici réussi à se faufiler en expert entre les mailles du filet médiatique. Dans la presse, il n’avait jamais fait l’objet d’enquêtes très fouillées. Il n’avait pas non plus suscité la curiosité des éditeurs. En trente-cinq années de vie politique, une seule biographie lui avait été consacrée (François Fillon, le secret et l’ambition, de Christine Kelly, éditions du Moment, 2007). Il n’était décidément pas un « bon client », ou tout du moins s’appliquait-il consciencieusement à ne pas l’être.

A Matignon, il n’avait pas fait de vagues. Il s’était même satisfait de la part congrue que lui abandonnait Sarkozy, celle d’un « collaborateur » souvent moqué, décrié, campé en Mister Nobody, pour son incapacité supposée à imprimer le paysage politique. On le raillait pour s’être fait rafler par Nicolas Sarkozy la jouissance de la résidence de la Lanterne, luxueux domaine versaillais habituellement réservé aux Premiers ministres. En surface, il n’en avait cure, mais ses crises de sciatique étaient révélatrices d’une grande tension interne.

Aux Français il offrait donc l’image lisse d’un austère qui ne se marre guère, d’un besogneux dévoué à sa tâche, obsédé par la rigueur budgétaire, lui, à la tête d’un Etat en faillite, comme il l’avait déclaré devant les caméras après quelques lampées de rosé corse. Ce catholique convaincu, reçu en famille par le pape Benoît XVI, le crâne de Penelope coiffé d’une mantille, ne confessait que quelques maigres « vices », largement assumés : une passion éperdue pour la course automobile, une fascination pour les séries américaines. A l’automne dernier, il avait ajouté une ligne au paragraphe jardin secret si chichement garni de son CV. A Karine Le Marchand, pour son émission « Une ambition intime », ce bon père de famille avait confié sa passion pour le pilotage de drone. Comme si cet homme si taiseux livrait lui-même la seule méthode idoine pour l’observer : le survol.

Que reste-t-il aujourd’hui du hobereau sarthois, de l’homme affable, rassurant, déterminé, qui a séduit les électeurs de la primaire de la droite et du centre ? Qui est vraiment celui qui n’hésite pas à faire courir à la droite le risque, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, d’une élimination dès le premier tour de la présidentielle ? Avec l’aide de psys mais également de son propre camp, nous avons tenté de résoudre l’énigme Fillon.

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