Française des jeux : vers la plus nauséabonde des privatisations

Par Laurent Mauduit

Dans le lot des privatisations que le gouvernement prépare, il y en a une plus symptomatique que toutes les autres : celle de la Française des jeux. Compte tenu des risques de blanchiment, d’addiction ou de fraudes, l’abandon de cette entreprise publique à des clans affairistes est hautement dangereux. Même Sarkozy y avait renoncé.

 

Voilà belle lurette que l’on sait que les prochaines privatisations seront sulfureuses. Comme depuis bientôt trente ans, la gauche et la droite ont multiplié les opérations de cession d’entreprises publiques, il n’y a plus grand-chose à offrir à la boulimie des marchés financiers. Plus grand-chose, sauf des entreprises stratégiques ou des services publics de première importance.

Mais, poursuivant le saccage entrepris ces dernières années, et souhaitant même l’accélérer, Emmanuel Macron a de longue date annoncé que ces arguments n’étaient pas de nature à freiner ses ardeurs privatisatrices. Durant la campagne de l’élection présidentielle, il a donc fait savoir qu’une fois élu, il créerait un fonds pour l’innovation disposant d’une force de frappe de 10 milliards d’euros, constitué grâce aux dividendes empochés par l’État en provenance des groupes dans lesquels il détient des participations et aux ressources engendrées par des cessions d’actifs publics.

Depuis, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a fréquemment récité le catéchisme élyséen. Début juillet, lors d’un discours à l’occasion de « la soirée de l’attractivité » au Cercle de l’Union interalliée, à Paris (lire Les sulfureuses privatisations d’Emmanuel Macron), il avait ainsi une première fois détaillé ce projet, consistant à engager « d’importantes cessions d’actifs » pour apporter quelque 10 milliards d’euros à un fonds qui devrait servir à financer l’innovation. « Nous mettrons dix milliards d’euros à disposition pour financer l’innovation et, en particulier, l’innovation de rupture », a expliqué le ministre, avant d’ajouter : « Ces dix milliards d’euros seront financés par la cession d’actifs de l’État dans un certain nombre d’entreprises, qui seront placés et rapporteront les moyens financiers nécessaires pour financer l’innovation. […] J’assume d’annoncer d’ici quelques mois des cessions d’actifs importantes dans les entreprises publiques, qui permettront au contribuable de savoir que son argent est placé pour le futur et non pas pour le passé », avait-il dit.

Puis samedi 2 septembre, lors d’un forum en Italie, il est revenu à la charge, indiquant qu’il annoncerait dans « quelques semaines » la privatisation de certaines entreprises afin de financer l’innovation. « Je vais annoncer dans quelques semaines que nous allons privatiser certaines entreprises pour avoir de l’argent afin de financer l’innovation […] Nous pensons vraiment que c’est une meilleure façon de dépenser de l’argent en finançant l’innovation plutôt que d’être emprisonné dans certaines compagnies qui ne sont pas stratégiques pour l’État français […] L’innovation est la clé du futur pour l’économie, la clé pour rendre la France plus forte », a-t-il martelé.

Même si la semaine passée, le ministre de l’économie n’en a pas dit beaucoup plus, son propos n’était pas franchement rassurant. Car il avait beau avoir pris soin de préciser que les entreprises publiques en voie de privatisation ne seraient « pas stratégiques pour l’État français », il y avait, en vérité, assez peu de raisons de le croire. Car tout ce qui n’est pas stratégique a bel et bien été déjà cédé.

Malgré ces préventions, il faut pourtant avouer que l’on avait peu de raisons de subodorer que dans la liste des prochaines privatisations possibles, ce serait l’une des plus dangereuses, l’une des plus contestables que le gouvernement pourrait choisir, celle de la Française des jeux (FDJ). Et pourtant si ! C’est bel et bien ce qui se dessine : de l’Élysée comme de Bercy, les indiscrétions se multiplient, annonçant que l’entreprise publique pourrait bien être prochainement privatisée.

Après la vente de 4,1% du capital de Engie pour 1,51 milliard d’euros à laquelle l’État vient tout juste de procéder, la FDJ n’est certes pas la seule privatisation, totale ou partielle, qui soit envisagée. Dans le lot, il y a aussi d’autres sociétés de gestion aéroportuaires, à commencer par la plus importante d’entre elles, Aéroports de Paris, qui suscitent d’immenses convoitises, dont celles du groupe Vinci – une privatisation qui serait très contestable pour des raisons économiques ou d’aménagement du territoire. Il y a aussi le groupe Orange, au sein duquel l’État pourrait de nouveau réduire sa participation – ce qui serait tout aussi discutable car à l’heure de la révolution numérique, la puissance publique se priverait d’un levier majeur pour défricher l’avenir. Mais avec la FDJ, ce sont des problèmes bien plus graves qui sont en cause, qui ont trait à l’économie mais tout autant à la morale publique.

C’est d’abord Challenges, qui a révélé le pot aux roses. « De la direction du Trésor, à celle du Budget, de Matignon à l’Élysée et de Le Maire à Darmanin, l’idée d’une privatisation partielle du capital de la Française des jeux réunit un parfait consensus », écrit le magazine. Challenges poursuit : « À ce jour aucune banque d’affaires n’a été mandatée mais Lazard qui avait déjà travaillé sur la question sous Sarkozy pourrait bien emporter une partie du dossier. Le calendrier n’est pas fixé mais d’aucuns évoquent une opération menée au second semestre 2018. Le management de la maison emmenée par Stéphane Pallez appuie à fond sur l’idée d’une ouverture de capital capable aussi d’accompagner la croissance de la Française des jeux. Stéphane Pallez connaît bien le processus de privatisation puisqu’elle a géré celle de France Télécom comme directrice financière à l’époque. En 2014, un premier schéma de cession de 20 % du capital avait été étudié valorisant l’entreprise autour de 2 milliards d’euros. Une valorisation forcément revue à la hausse aujourd’hui car les comptes n’ont cessé de s’améliorer. Depuis deux ans, Stéphane Pallez, qui a lancé un vaste plan de digitalisation de FDJ, a fait gagner 1,3 milliard d’euros supplémentaire au groupe et donc au passage… à l’État. »

Puis, c’est Le Monde qui a confirmé le projet : « Sur la même longueur d’ondes, l’Élysée, Matignon et Bercy paraissent convaincus qu’il est possible de récupérer une somme significative sans trop de heurts politiques ou sociaux. Le projet pourrait être annoncé dans son principe dans les prochaines semaines, avec l’objectif d’aboutir au second semestre 2018. » « L’idée se dessine, mais il faut une loi, donc ce n’est pas comme si l’on pressait un bouton », explique un conseiller ministériel, cité par le quotidien.

Seulement voilà ! Il s’agit bel et bien du plus détestable des projets, lourd de risques nombreux. Sur son blog personnel, le 7 septembre, l’ancien ministre du budget Christian Eckert les détaille de manière méticuleuse. Et ses arguments méritent d’être examinés de près. Car si le hiérarque socialiste s’est perdu en devenant ministre sous le quinquennat de François Hollande, accompagnant avec application tous les projets les plus contestables et les plus réactionnaires de son gouvernement, dans le domaine de la politique budgétaire comme dans celui de la politique fiscale, en piétinant sans le moindre scrupule tous les engagements socialistes antérieurs, il y a au moins un domaine où il a fait front et défendu l’intérêt général : précisément celui des jeux d’argent. C’était en 2014, face à un projet de privatisation de la Française des jeux alors défendu par le ministre de l’économie de l’époque, un certain… Emmanuel Macron.Il faut donc donner crédit à Christian Eckert de ne pas avoir changé d’avis sur ce sujet – même si c’est bien le seul. Et les arguments qu’il avance aujourd’hui apparaissent si solides qu’ils méritent d’être cités longuement.

Voici donc le réquisitoire de l’ancien ministre : « D’abord il faut faire le constat que les jeux ne sont pas une marchandise comme les autres ! Les risques de blanchiment, les risques d’addiction, les risques de fraude et les risques pour les mineurs sont bien connus. Sans tomber dans la caricature, sans nécessairement évoquer quelques drames humains ayant ému l’opinion, une vraie réflexion morale et sociétale sur la place des jeux d’argent dans la société est nécessaire. Je pense sincèrement que l’État actionnaire est mieux que quiconque garant du respect des indispensables règles à respecter. Ensuite il faut avoir un regard économique lucide et précis. En tant qu’entreprise, la FDJ ne fait qu’un bénéfice minime : un peu plus de 100 millions. C’est beaucoup pour vous et moi, c’est assez insignifiant pour l’État. Sur cette base, et toutes choses égales par ailleurs, la valeur boursière de la FDJ est faible, même en cas de privatisation totale ! Pourtant, les jeux rapportent à l’État plus de 3 milliards par an ! L’État perçoit en effet une part des enjeux, AVANT sa prise en compte dans le chiffre d’affaires de la FDJ et AVANT le calcul des gains des joueurs, de la rémunération des buralistes et de la part pour le fonctionnement de la FDJ ! »

Et c’est alors que Christian Eckert lève le voile sur ce qui pourrait être le secret de cette opération de privatisation : un stupéfiant tour de bonneteau, qui ferait perdre à l’État beaucoup plus que ce que l’on croit, et gagner à quelques affairistes une montagne d’or encore beaucoup plus colossale que ce que l’on peut imaginer. Suivons donc à nouveau le décryptage, visiblement très informé, de l’ancien ministre : « La recette budgétaire de l’État, maastrichtienne cette fois, est donc pérenne. Seul le renoncement par l’État à tout ou partie de cette recette laisserait à l’actionnaire de la FDJ un copieux bénéfice. Bien sûr, cela ferait grimper de façon vertigineuse la valeur des actions. C’est à ma connaissance le possible projet de quelques-uns, qui pourraient en même temps prôner la cession des titres de la FDJ et la libéralisation du marché des jeux. En découleraient des transferts d’argent dont ni les joueurs ni l’État ne verront le bénéfice. Le monopole confié à la FDJ pourrait ainsi se monnayer et une cession à un certain prix pourrait produire une plus-value substantielle en cas d’évolution ultérieure de la fiscalité. »

Et des tours de bonneteau, on en a connu d’autres, du même type, et même récemment, rappelle méchamment – mais avec pertinence – Christian Eckert : « On a déjà connu ça avec les concessions bradées en leur temps par la droite aux sociétés d’autoroutes comme avec les avenants négociés plus récemment par le ministre Macron à ces contrats. » Conclusion de bon sens de l’ex-ministre : « Pour des raisons morales, pour des raisons budgétaires et pour des raisons d’équité, la privatisation de la FDJ serait une faute à terme. Puisse l’avenir me donner tort ! »

Pire que Nicolas Sarkozy

Emmanuel Macron s’apprête à conduire une privatisation si sulfureuse que même Nicolas Sarkozy n’avait pas osé la conduire à son terme, se bornant à déréguler le secteur des jeux et briser le monopole de la FDJ, mais sans privatiser celle-ci. Que l’on se souvienne des batailles affairistes auxquelles avaient donné lieu ces projets (lire Les jeux en ligne, eldorado de Stéphane Courbit et du sarkozysme d’affaires, La Française des jeux, objet de toutes les convoitises, ou Jeux en ligne : la loi du Fouquet’s).

Dès cette époque, c’est une véritable frénésie qui s’empare de quelques très grandes fortunes françaises quand elles comprennent que leur champion, Nicolas Sarkozy, est disposé à leur offrir ce filon d’or.

Tout commence donc au lendemain de cette soirée du Fouquet’s. À l’époque, une déréglementation des jeux en France apparaît improbable, en tout cas pour le court et le moyen terme. Il y a bien la Commission européenne qui renâcle et fait pression – comme elle le fait au même moment sur le livret A et sur tant d’autres sujets. Mais la France a de bonnes raisons de faire face et de faire traîner les choses. Sinon même de défendre le principe que l’organisation des jeux de hasard ne devrait pas être abandonnée au privé : pour que les États ne perdent pas une manne fiscale abondante (pas loin de 5 milliards d’euros) ; et surtout pour ne pas contribuer au développement d’une économie trop souvent opaque sinon douteuse, pour ne pas dire carrément mafieuse, exploitant la misère sociale et la crédulité publique.

Depuis 1933, année de création de la Loterie nationale (ancêtre de la Française des jeux), le monopole est en effet solidement établi. Dans un souci d’ordre public, les jeux ou les paris ne peuvent être organisés que par cette société publique ou, pour les paris hippiques, par la société du Paris Mutuel Urbain (PMU). Dans cette tradition très républicaine, la France pouvait donc continuer à traîner des pieds. C’est ce qu’elle avait fait d’ailleurs les années précédentes, en prononçant par exemple l’interdiction du site Internet Zeturf.fr – interdiction qui avait été confirmée en juillet 2005 par le tribunal de grande instance de Paris, après une plainte du PMU.

Or, sur décision de l’Élysée, ce n’est pas ce que fait le gouvernement. En juin 2008, le ministre du budget Éric Woerth crée la surprise en annonçant « l’ouverture maîtrisée » du marché des jeux. Et que se passe-t-il alors ? C’est la ruée : un grand nombre d’amis du chef de l’État, tous (ou presque) figurant parmi les amis du Fouquet’s, se déclarent candidats à créer des sociétés pour organiser des paris en ligne, dès que la réforme sera votée, c’est-à-dire sans doute au printemps 2010, quand la loi autorisera enfin des jeux en ligne de poker, des paris sur les courses ou encore des paris sportifs. Toutes les grandes fortunes se mettent sur les rangs. C’est le grand frisson, l’appât du gain facile, l’eldorado du sarkozysme d’affaires.

Comme de juste, par un formidable symbole qui ne doit évidemment rien au hasard dans ce capitalisme consanguin, c’est le propriétaire du Fouquet’s lui-même, Dominique Desseigne, patron du groupe de casinos Lucien Barrière, qui est l’un des premiers à se mettre sur les rangs, en créant LeCroupier.fr. Capitalisme consanguin du renvoi d’ascenseur… C’est avec Dominique Desseigne aussi, l’ami du chef de l’État, que la Française des jeux a annoncé en janvier 2010 qu’elle allait créer une société commune pour se lancer dans le poker en ligne. Et on comprend dès cette époque que cet accord-là est évidemment très important car, si d’aventure la Française des jeux est un jour privatisée, Dominique Desseigne aurait une longueur d’avance sur les autres candidats au rachat. La Française des jeux a-t-elle les moyens de refuser quoi que ce soit à celui qui fut la puissance invitante lors de cette si fameuse soirée de commémoration de la victoire de Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007 ?

Ami intime du chef de l’État, Martin Bouygues crée, lui, avec un autre milliardaire, François Pinault, un fonds d’investissement, Serendipity, dirigé un temps par l’ancien patron de TF1 Patrick Le Lay, pour se lancer dans l’aventure des jeux en ligne, en profitant de la force de frappe de la chaîne de télévision, et de sa filiale, Eurosport.

À cette liste, il faut encore ajouter un autre proche de Nicolas Sarkozy, en la personne d’Arnaud Lagardère, qui recentre son groupe sur le sport et ne veut pas être absent de ce marché très alléchant des paris sportifs, en attendant une possible privatisation de la Française des jeux – dont il rêve lui aussi. Et puis, il y a Vincent Bolloré, qui ne fait pas mystère, lui aussi, à cette époque, qu’il rêve de mettre un jour la main sur la Française des jeux, si elle est à vendre, et qui lance sur sa chaîne de télévision, Direct 8, une émission de poker, intitulée Direct Poker et produite par la société Kawa Production, dirigée par un certain… Alexandre Balkany, fils de Patrick. Lequel Patrick Balkany est à l’époque, avec son épouse, l’un des plus proches confidents du chef de l’État, Nicolas Sarkozy, et son porte-drapeau dans son fief des Hauts-de-Seine.

Au milieu de ce tout petit monde, figure aussi un autre témoin du deuxième mariage de Nicolas Sarkozy, celui avec Cécilia, et lui aussi convive du Fouquet’s, Bernard Arnault, qui par l’intermédiaire de sa holding gère sa fortune personnelle, et a par ailleurs pris une participation dans une société de paris en ligne dénommée Betfair. Ce, pour gagner quelque argent de plus et occuper son fils, Antoine, qui, en dehors de son siège au comité d’éthique du journal Les Échos et de ses fonctions de directeur de la communication de Louis Vuitton, use beaucoup de son temps à jouer au poker.

Dans la mêlée générale des grandes fortunes françaises pour mettre la main sur un aussi formidable gâteau, Stéphane Courbit, lui aussi proche de Sarkozy, n’est pas en reste : en octobre 2007, au travers d’une nouvelle structure, Mangas Gaming, il rachète donc (à 75 %) une société britannique, Betclic. Et là encore, il cherche des alliés, pour venir en affaires avec lui. Pendant un moment, il songe à Robert Louis-Dreyfus (1946-2009), le propriétaire d’un immense groupe industriel qui, fortune faite dans la téléphonie, dispose de fortes ramifications dans le négoce et le transport maritime, et qui est par ailleurs l’actionnaire de l’Olympique de Marseille.

Stéphane Pallez, ex-socialiste proche de Michel Sapin, PDG de la FDJ, activiste de la future privatisation

Mais tout malade qu’il soit déjà à cette époque, Robert Louis-Dreyfus a les pieds sur terre et se méfie du jeune ambitieux qui a essayé quelques mois plus tôt de lui chiper à prix d’or son principal collaborateur, Jacques Veyrat. L’industriel surenchérit pour garder à ses côtés son bras droit, et oppose une fin de non-recevoir au protégé d’Alain Minc : pour les jeux, c’est non ! Stéphane Courbit continue donc à chercher des alliés, et finit par en trouver un, au travers de la Société des Bains de mer de Monaco (SBM), dont l’actionnaire principal est l’État monégasque, et qui gère une cascade de biens à destination des plus grandes fortunes : restaurants chics, casinos, restaurants huppés… Une première association est donc scellée : Mangas Gaming devient une filiale à 50/50 de la Financière Lov de Stéphane Courbit et de la SBM qui est, elle, sous la tutelle de la famille princière de Monaco. Conforté par cet appui, le jeune protégé d’Alain Minc et du « château » peut alors continuer à faire son marché. Après BetClic, Mangas Gaming rachète une cascade d’autres sociétés qui se sont déjà créées, dans la perspective de la déréglementation des jeux : Nordic Bet, Expekt, Poker.fr, Bet-at-home. Et en décembre 2009, Mangas Gaming met même 69,5 millions d’euros sur la table (100 millions de dollars) pour acquérir 60 % du capital d’Everest Poker. D’un seul coup, la presse économique française qui n’ignore jamais aucun soubresaut de l’industrie de la parapharmacie ou de celle des métaux non ferreux doit se mettre au diapason et faire vibrer ses lecteurs à l’idée que le poker est un véritable filon d’or.

Mais finalement, on connaît l’issue de cette empoignade formidable : Nicolas Sarkozy a offert à tous ses boulimiques amis la remise en cause du monopole de la Française des jeux – ce qui constituait déjà un immense cadeau contrevenant à la défense de l’intérêt général. Mais, sous la violence des polémiques de l’époque, il n’a pas osé aller jusqu’à la privatisation pure et simple de l’entreprise publique. Pas plus que François Hollande qui en a donc caressé le projet, sous la pression d’Emmanuel Macron, mais qui y a finalement renoncé.

Le fait qu’Emmanuel Macron envisage de rouvrir cette privatisation si singulière va donc relancer le climat dans lequel avait baigné le quinquennat sarkozyste. Ce sont d’étranges effluves qui d’un seul coup reviennent, ceux de l’argent facile et de l’affairisme. Des effluves nauséabonds, car même si la privatisation n’est que partielle, celui qui en sera le bénéficiaire aura un ascendant majeur sur tous ses concurrents. C’est lui qui fixera la loi du milieu. C’est en cela qu’il s’agit d’une privatisation nauséabonde, tout à la fois dangereuse mais aussi immorale.

 

Derniers articles dans les mêmes catégories

Les commentaires sont fermés.